Portraits et Histoire

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Re: Portraits et Histoire

Message par rachid_as le Mer 15 Juin - 16:08

Santos-Peñarol, là où tout a commencé



En mettant aux prises deux des clubs les plus emblématiques d’Amérique du Sud, titrés sept fois à eux deux dans cette compétition, la finale de la Copa Libertadores 2011 entre Peñarol et Santos avait déjà de quoi faire saliver les fans. Mais cette confrontation aura une saveur encore plus spéciale pour ceux qui se souviennent de l’empoignade entre les deux équipes, 49 ans plus tôt au même stade de la compétition.

En tout cas, si elle devait laisser ne serait-ce que la moitié des souvenirs engendrés par la finale de 1962, cette double confrontation, qui commence ce mercredi au Centenario de Montevideo, gardera une place de choix dans les annales.

Si cela peut paraître difficile à imaginer à l’heure actuelle, c’est Peñarol qui faisait alors figure de favori face au Santos de Pelé. Tout d’abord parce que les Mirasoles possédaient un effectif redoutable, avec des joueurs tels que Pedro Rocha ou Alberto Spencer, qui demeure le meilleur buteur de l’histoire de la Copa Libertadores avec 54 réalisations. Mais surtout parce que les Uruguayens étaient alors doubles champions d’Amérique du Sud en titre, avec en prime une victoire dans la Coupe Intercontinentale 1961.

En face, toutefois, une dynastie était en marche. Santos venait de remporter en 1961 sa première Taça Brasil, ancêtre du championnat brésilien, et son armada offensive, composée de Dorval, Mengálvio, Coutinho, Pelé et Pepe, était en passe de devenir une véritable institution nationale. Une équipe pleine de talent, de vitesse et de vista, dont les seuls rivaux potentiels à l’échelle continentale étaient des équipes qui, outre une technique irréprochable, possédaient une grande puissance de feu.

L'humain derrière l'extra-terrestre
"À cette époque, les seuls clubs capables de rivaliser avec nous étaient Peñarol et Boca Juniors. Deux formations très physiques, qui allaient beaucoup au contact et ne laissaient aucun espace", se souvient José Macia, dit Pepe, qui se décrit lui-même comme "l’être humain ayant marqué le plus de buts sous le maillot de Santos", à savoir 405 en 750 matches, un tout petit peu moins que Pelé, "qui lui est un extra-terrestre". "Je me souviens qu’au match aller, la pelouse du Centenario de Montevideo, qui d’habitude était excellente, se trouvait dans un état déplorable. C’était fait exprès pour gêner notre jeu à une touche de balle. Je peux vous garantir qu’à l’époque, on préférait à la rigueur jouer en Argentine qu’en Uruguay. C’était toujours compliqué là-bas".

Ainsi, le 28 juillet 1962, Santos entrait dans l’arène du Centenario avec un sérieux handicap : l’absence de Pelé, blessé. Rapidement mené au score après un but de Spencer à la 18ème minute, O Peixe réussissait pourtant un incroyable retournement de situation et s’imposait 2:1 grâce à un doublé de Coutinho. Il ne restait plus aux Brésiliens qu’à assurer un match nul une semaine plus tard au stade Vila Belmiro pour célébrer leur premier titre continental. Mais tout cela aurait été bien trop simple…

Une nouvelle fois privé de Pelé, Santos se retrouvait mené au score après un but de José Sasía. Dorval égalisait à la 27ème, mais Spencer redonnait la main aux Carboneros au retour des vestiaires. Mengálvio ramenait presque aussitôt les locaux à hauteur, mais l’inévitable Spencer frappait de nouveau à la 73ème minute, donnant un avantage de 3:2 à Peñarol. Alors s’est enchaînée une série d’événements qui a conduit à l’une des décisions les plus controversées de l’histoire de la compétition.

Face à l’attitude belliqueuse des torcedores, qui s’étaient mis à lancer des projectiles sur la pelouse, l’arbitre chilien Carlos Robles décidait d’interrompre la partie, avant de se raviser plus d’une heure après pour éviter que la situation ne dégénère encore davantage. Le match reprenait et c’est au cours des arrêts de jeu que Pagão marquait le but du 3:3 synonyme de titre. "Pagão a marqué, l’arbitre a validé puis a sifflé la fin du match. L’équipe est retournée dans le vestiaire pour faire la fête. Les journaux titraient ‘Santos champion’", relate Pepe. "Puis, le lendemain, tout le monde s’est aperçu qu’en vérité, l’arbitre avait sifflé la fin du match au moment de la première interruption. Au final, le score était resté de 3:2 pour Peñarol et cela impliquait de disputer un match d’appui en terrain neutre. Ça a été une véritable douche froide".

Troisième match décisif
Ce fameux match fut disputé le 30 août au stade Monumental de Núñez, à Buenos Aires. Tout laissait augurer d’un nouveau bras de fer impitoyable, à ceci près que cette fois, le nom de Pelé figurait sur la feuille de match. Et c’est ce qui fit toute la différence.

Santos ouvrait la marque en première période sur un but contre son camp d’Omar Caetano, avant de prendre le large après la pause grâce à un magnifique doublé du Roi Pelé. Résultat des courses, un succès 3:0 indiscutable, qui offrait aux Brésiliens leur premier sacre continental, suivi d’un deuxième la saison suivante. "Ce jour-là, la supériorité de Santos ne faisait aucun doute : la complicité de nos joueurs et leur capacité à se sublimer dans les moments importants ont changé la donne", note Pepe.

Rien ne garantit que les deux rencontres de la finale 2011, ce mercredi au Centenário puis la semaine prochaine au stade Pacaembu, puissent rivaliser avec celles de l’édition 1962 en termes d’émotions. Mais Pepe, qui reste un fervent défenseur de Santos, espère revivre au moins en partie l’ambiance qu’il a connue il y a 49 ans. "Je pense que Santos est la meilleure équipe, mais Peñarol reste un adversaire redoutable, surtout à domicile. Mon pronostic ? Un nul de Santos à l’extérieur et une victoire au match retour !"

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Re: Portraits et Histoire

Message par adsm le Lun 15 Aoû - 13:43

Hacène Lalmas(dit El Kebch), le maestro




A première vue, l’histoire d’Hacène Lalmas ressemble à une histoire de buts. L’Algérien détient en effet le record de buts inscrits en championnat national et, plus original, de celui inscrit en un seul match officiel (14 buts). Mais par son intelligence de jeu, sa technique hors-pair et ses accélérations décisives, le meneur de jeu à la calvitie précoce a marqué de son empreinte le football africain des années 1960. Au point d’être élu en 1993 meilleur joueur algérien du XXe siècle.

Miroslav Klose, l’attaquant vedette de l’équipe d’Allemagne, a inscrit pour l’instant 14 buts en Coupe du monde. Hacène Lalmas, lui, n’a eu besoin que d’un match pour atteindre ce total. Le niveau n’est certes pas comparable car le milieu offensif l’a inscrit dans un match de Coupe d’Algérie avec l’OM Ruisseau (D2 algérienne) face à Birtouta, en 1965. Mais la performance mérite d’être signalée car à ce jour, aucun joueur n’a fait mieux.

Il faut dire que le natif d’Alger avait pris l’habitude d’empiler les buts dans le championnat d’Algérie, autant avec le club de ses débuts, l’OM Ruisseau (1960-1962) qu’avec le CR Belouizdad (1962-1973). Si bien que l’Algérien est le meilleur buteur de l’histoire du championnat avec 150 réalisations. Le "Bélier" (Lalmas tient ce surnom de sa calvitie précoce, mais aussi de son redoutable jeu de tête) détient aussi le record de buts marqués en finale de la Coupe d’Algérie (6 buts en 3 finales). Mais Lalmas n’a pas été élu joueur algérien du siècle précédent (sondage réalisé en 1993 par l’hebdomadaire sportif Echibek auprès de 350 joueurs, entraîneurs, dirigeants, arbitres et journalistes) "juste" pour ses buts. Il avait en effet un bagage très complet qui lui permettait d’être à la fois à la construction et à la finition du jeu. L’ancien milieu offensif arrivait ainsi à faire le spectacle à lui seul. Lalmas faisait souvent des gestes techniques et des "trucs" qui régalaient le public. De plus, ses qualités de meneur d’hommes font qu’il était très respecté par ses adversaires et ses coéquipiers. Lalmas, en compagnie de Nassou , Abrouk, Hamiti, Djemaâ, Zerrar, Kalem, Selmi, Zitoun, Achour, Messahel, Madani ou encore Moha, écrit les belles pages du CRB dans les années 1960 et au début des années 1970. Le club algérois remporte en effet quatre fois le championnat (1965, 1966, 1969 et 1970), trois fois la Coupe d’Algérie (1966, 1969, 1970) et trois fois la Coupe Maghrébine de football (1970, 1971 et 1972).

Un but marqué au grand Lev Yachine

Mais Lalmas se distingue aussi en équipe nationale. Il n’a même pas 20 ans lorsqu’il est convoqué pour le premier match de l’équipe algérienne indépendante, le 6 janvier 1963 contre la Bulgarie. Évoluant en amateur en Algérie, Lalmas trouve néanmoins sa place parmi les Fennecs, malgré la présence des stars de la glorieuse équipe du FLN (Zitouni, Boubekeur, Bentifour, Mekhloufi....). Preuve en est le mémorable match amical le 4 novembre 1964 de l’Algérie contre la grande équipe de l’URSS, qui comptait alors dans ses rangs le meilleur gardien du monde, Lev Yachine. Menés 2-1 à la mi-temps, les Fennecs enregistrent en seconde période l’entrée du jeune Lalmas. Sur un corner, l’attaquant de St-Etienne Rachid Mekhloufi apostrophe le "Bélier" : "Eh petit, place ta tête ! ". Mekhloufi frappe le coup de pied de coin, Lalmas se faufile parmi les défenseurs russes et boxe de son front le cuir dans la cage du géant Yachine, permettant à son équipe d’égaliser. Lalmas fera ensuite sensation lors de la Coupe d’Afrique des Nations 1968 en Éthiopie. Même si l’Algérie ne passe pas le premier tour de la compétition, le meneur de jeu parvient à inscrire un triplé lors de la rencontre contre l’Ouganda (4-0). Alors au sommet de son art, il se voit décerner le titre de meilleur joueur de la CAN 1968. Lalmas, sélectionné à 73 reprises en équipe nationale, suscite l’admiration de ses coéquipiers. Saïd Ouchen, l’ancien gardien du NA Hussein Dey et de l’équipe nationale, qui a croisé à maintes reprises "El Kebch", dira de ce dernier : "Il était le meilleur joueur algérien de son époque et l’un des meilleurs au monde à son poste." Adbelhamid Salhi, l’ancienne star de l’Entente de Sétif des années 60 et 70, ne s’empêchera pas de dire : "Hacène était la référence numéro une du football algérien des années soixante. J’ai toujours été en admiration devant son immense talent et sa grande personnalité. En sélection nationale, il n’a pas cessé de m’encourager."

Ciblé par l’Olympique de Marseille

Grâce à son triplé face à l’Ouganda, Lalmas tape dans l’oeil des dirigeants belges d’Anderlecht, présents à Addis-Abeda. Mais le transfert avorte en raison du véto des autorités algériennes. Également ciblé par l’Olympique de Marseille, Lalmas bute de nouveau sur le refus catégorique des plus hautes sphères du pays. Il continuera donc de porter les couleurs du grand Chabab avant de rejoindre le NAHD où signent également ses anciens coéquipiers du CRB, Mokhtar Kalem et Hamid Boudjenoun. Freiné quelque peu dans ses ambitions par la non concrétisation de son transfert à l’étranger, il a du mal à retrouver son meilleur niveau. Se sentant sur le déclin, le "Bélier" décide de raccrocher les crampons à l’âge de 32 ans. Lalmas entamera ensuite une carrière d’entraineur au CRB mais la réussite n’est pas au rendez-vous. Selon Algérie-focus, son franc-parler le pousse parfois à l’excès, et il n’a pas que des amis dans le monde du football algérien. Lalmas choisit donc de prendre le chemin de l’anonymat et de se retirer d’un sport auquel il a tant donné et dont le nom restera à jamais lié.

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Re: Portraits et Histoire

Message par rachid_as le Mer 14 Sep - 9:24

Franco BARESI
Baresi, la défense taille patron




Au pays du catenaccio, Franco Baresi était un seigneur. Un libéro qui a révolutionné le poste une dizaine d'années après un certain Franz Beckenbauer. Baresi, c'était avant tout le patron qui causait peu, taclait fort, mais qui pouvait aussi caresser le cuir avec tendresse dans ses longues remontées balle au pied.

Cet artiste de la surface de réparation est resté fidèle pendant 20 ans, de 1977 à 1997, à l'AC Milan traversant avec le même professionnalisme les périodes de gloire et celles de la déchéance. Pendant 14 ans, de 1980 à 1994, il a honoré avec une rare efficacité pas moins de 81 sélections écrivant à grands coups de gueule et de tacles quelques unes des plus belles pages de la Nazionale.

Du haut de ses 176 centimètres, il a fait la pige pendant deux décennies à tous les gros bras de la profession. Défenseur hors normes, Baresi était aussi peu à son aise devant un micro qu’il était impressionnant sur le terrain.

Une ville, deux destins
Originaire de Travagliato, dans la province de Brescia en Italie du nord, Franco se retrouve orphelin à l'âge de 16 ans après avoir perdu ses parents à deux ans d'intervalle. Avec son frère Giuseppe de deux ans son aîné, ils décident en 1976 de tenter leur chance dans le football professionnel et vont taper à la porte de... l'Inter Milan. Le destin allait les séparer en leur faisant un incroyable pied de nez.

Giuseppe, solide milieu défensif, est en effet retenu et fera par la suite toute sa carrière à l'Inter (559 matches) avant de rester dans le staff technique des Nerazzurri. De son côté, Franco n'est pas retenu par les dirigeants de l'Inter qui le trouve trop chétif. Du coup, Baresi junior décide de proposer ses services à l'AC Milan, le grand rival qui ne laisse pas passer l’occasion.

Les deux frères s'installent à Milan, Franco passant quatre ans dans un cycle sports-études de Milanello. L’adolescent introverti et taciturne va alors concentrer sur le football toute la rage qu'il a en lui, travaillant comme un forcené. "A 18 ans, c'était déjà un vétéran pour son savoir", se rappelle Nils Liedholm qui le fait débuter en première division dans le calcio le 23 avril 1978 à Vérone.

L'année suivante Liedholm prend Baresi à part au terme du premier entraînement et lui dit : "Ne tiens en aucun cas compte de mes déclarations aux journalistes. Désormais, mon libéro titulaire ce sera toi". Ce sont les prémices de la légendaire défense Paolo Maldini, Franco Baresi, Alessandro Costacurta et Mauro Tassotti qui restera a jamais dans les annales du football italien.

L’AC Milan survole le championnat et remporte le titre en s'appuyant sur cette incroyable assise défensive. Dur sur l'homme, replaçant sans cesse sa défense, n'hésitant pas a pousser et à monter quand l'équipe est en difficulté, toujours placé comme par magie sur la course du ballon, Baresi n'a de cesse de donner l'exemple aux quatre coins du terrain.

Le respect par la perfection
Loin d’être un surdoué, c’était avant tout un incroyable perfectionniste respecté par tous ses coéquipiers y compris - et surtout - par les plus célèbres. "Il faut être irréprochable dans son comportement pour avoir l'estime et le respect des autres. L'entraînement, le travail et un comportement exemplaire vis a vis des tifosi sont des valeurs fondamentales qu'il ne faut pas galvauder", affirme-t-il encore aujourd'hui.

Quand le Milan a été relégué en Serie B sur tapis vert pour une sombre affaire de matches truqués, un seul homme restera à la barre, au-dessus de tout soupçon, arborant fièrement son brassard de capitaine dés l'âge de 22 ans. Franco Baresi est un fidèle. Il le restera toute sa vie. "Aujourd'hui les temps ont changé. Un joueur peut difficilement rester 15 ou 20 ans dans la même équipe. Le marché a beaucoup changé. Il y a beaucoup plus d'opportunités, c'est difficile de résister", reconnait-il.

Avec l'arrivée de Silvio Berlusconi en 1986, l'AC Milan connaît un nouvel élan. Sous la direction d'Arrigo Sacchi, Franco Baresi sera le patron de l'équipe des invincibles avec les Néerlandais Ruud Gullit, Marco van Basten et Frank Rijkaard qui allait survoler les années 80. Il est encore fidèle au poste à l'époque de Fabio Capello où les Rossoneri remportent quatre nouveaux titres de champion et une Coupe d'Europe des Clubs Champions avec la génération des Marcel Desailly, Zvonimir Boban et Dejan Savicevic.

Pourtant en 1997 il se résout a raccrocher les crampons après 20 saisons de loyaux services, une décision accueillie avec satisfaction par les plus grands attaquants évoluant en Europe. "Je venais de connaître une saison un peu difficile en raison de problèmes physiques. J'avais de plus en plus de difficultés pour récupérer. Et puis à 37 ans, on n’est plus tout jeune et après tant d'années, c'était normal de dire ‘basta’", explique-t-il. Deux ans plus tard, en 1999 il était élu joueur du siècle par les tifosi milanais.

Un sacre, une absence et des larmes
Barré pendant plusieurs saisons en équipe d'Italie par Gaetano Scirea, un autre monument, Baresi a pourtant remporté la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982 même s'il n'est jamais entré en jeu. Il a finalement fait ses grands débuts avec la Nazionale le 4 décembre 1982 à Florence contre la Roumanie. Mais ses relations avec Enzo Bearzot allaient se dégrader devant la volonté affichée du sélectionneur de le faire évoluer comme milieu défensif. Finalement, c'est son frère Giuseppe qui était retenu à ce poste pour la Coupe du Monde 1986 au Mexique, où la Squadra Azzurra allait faire pâle figure.

Avec l'arrivée d'Azeglio Vicini, il devient finalement l'un des piliers inamovibles de l'équipe, naturellement au poste de libéro. Premier à transformer son tir au but en demi-finale de la Coupe du Monde 1990 à domicile, il ne peut cependant empêcher l'élimination face à l'Argentine (1:1, 4:3 t.a.b). Quatre ans plus tard il se retrouve confronté à la même épreuve, mais cette fois en finale face au Brésil.

Sa présence sur le terrain avec le brassard est déjà un petit miracle. En effet, blessé au genou le 23 juin contre la Norvège en phase de poules, il est immédiatement opéré du ménisque et se fixe la finale comme objectif. Le 17 juillet à Pasadena il est présent au rendez-vous. Après un match héroïque, il est encore le premier à s'avancer pour effectuer son tir au but. Mais cette fois sa frappe passe largement au dessus, tout comme celle de Roberto Baggio, tandis que celle de Daniele Massaro est arrêtée par Taffarel.

Le Brésil remporte la rencontre et le tournoi et, pour la première fois, on a pu voir des larmes couler sur le visage buriné du vieux guerrier.

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Re: Portraits et Histoire

Message par adsm le Mer 14 Sep - 10:30

Lev Yachine, la « panthère noire »

Retour sur la vie de celui qui est considéré encore aujourd’hui comme le meilleur gardien de but de l’histoire.

Lev Ivanovich Yachine est né le 22 octobre 1929 à Moscou, dans une famille d’ouvriers. C’est l’époque du début de la collectivisation et des plans quinquennaux orchestrés par Staline, seul à la tête de l’URSS depuis 1927. Les temps sont durs. Les ouvriers travaillent de 16 à 18 heures par jour, contraints de réaliser des quotas surhumains. Les repas sont sommaires, la sous-nutrition légion, les famines fréquentes. Entre 1931 et 1933, six millions de soviétiques meurent de la faim. C’est dans ce contexte que grandit Yachine, qui trouve dans le football le moyen d’oublier les difficultés du quotidien.



« Je rêvais de marquer des buts »

Deux ans après l’éclatement de la Seconde guerre mondiale, en 1941, il est appelé à travailler dans l’usine de fabrication d’avions qui emploie ses parents à Tuchino, dans la banlieue de Moscou. Il est contraint de mettre le football de côté, pour participer à l’effort de guerre. À 16 ans, en 1945, il est intégré dans l’équipe de foot de l’usine. « J’ai demandé à jouer en attaque car je rêvais de marquer des buts », a-t-il expliqué. Il débuta ainsi ailier gauche, avant de peu à peu reculer pour finir dans les buts. Là, il s’inspire d’Alexei Khomich, dit « le Tigre », le gardien du Dynamo Moscou et de l’URSS dont il a suivi les exploits à la radio lors de la tournée triomphale du club moscovite en Angleterre en 1945. Il est remarqué par Arkady Chernyshev, membre de l’encadrement du… Dynamo. Il intègre alors les équipes de jeunes du plus ancien club soviétique.

Yachine poursuit sa progression, mais il est barré par Khomich, son mentor, titulaire indiscutable. Il doit ainsi attendre 1950 pour faire sa première en apparition en équipe première. Il disputera deux rencontres en championnat cette année-là, profitant d’une blessure de Khomich. Des débuts loin d’être convaincants : il encaisse notamment un but sur un dégagement d’un gardien adverse. Il n’a pas convaincu, et restera pour les trois années suivantes avec la réserve. Parallèlement, il garde les cages de l’équipe de hockey sur glace du Dynamo, avec un certain succès puisqu’il remporte la coupe de Russie en 1953. 1953, année tournant pour la carrière de Lev Yachine. Alexei Khomich transféré au Dinamo Minsk, il devient titulaire. Il le restera pendant dix-sept ans.

Lev Yachine était un gardien hors du commun. Pour son apparence, d’abord. Avec son athlétique mètre 89, il en imposait. Un gabarit inhabituel pour l’époque, qui lui valut le surnom de « Tour Eiffel » par les Français. Mais il était surtout un gardien incroyablement doué. Qui de mieux pour en témoigner que ceux qui l’ont vu jouer ? Il était « excellent dans tous les domaines, sur sa ligne, dans la surface de réparation… », indique Sepp Maier, ancien gardien du Bayern Munich (1965-1979) et de la sélection allemande (1966-1979). Pour Gordon Banks, emblématique gardien anglais, « il faisait de grands arrêts, savait réduire les angles de tir et intercepter les centres ».


Pionnier

Toujours vêtu de noir sur le terrain, on l’appelait la « Panthère noire », ou l’« Araignée noire ». Car il était doté d’une détente de félin, et ses réflexes laissaient croire qu’il avait bien plus que deux bras. Excellent sur sa ligne, il l’était. Mais c’est aussi pour d’autres aspects de son jeu qu’il fut un gardien si spécial. Il était un pionnier. Le premier portier à sortir de sa surface pour couper une ouverture adverse, inventant ainsi la notion de « gardien-libéro ». Le premier, aussi, à recourir aux poings pour dégager des ballons aériens difficiles, ne cherchant plus systématiquement à les capter. Le premier à relancer vite à la main pour initier des contre-attaques. Le premier, enfin, à affirmer son leadership sur sa défense, à asseoir son autorité dans sa surface tant physiquement par ses sorties que vocalement par ses directives. Sa femme Valentina lui reprochait d’ailleurs de trop crier sur le terrain. Lev Yachine a donné une autre dimension au poste de gardien de but. Il en a étoffé le rôle, élargi les fonctions. Finis les gardiens qui restent sur leur ligne, uniquement destinés à stopper les tirs adverses. Yachine a contribué à installer les portiers au cœur du jeu.

Avec lui dans les buts, le Dynamo, club de la police lié directement au ministère de l’intérieur, disposait d’un atout de taille dans la lutte avec son grand rival du Spartak Moscou, club des syndicats, pour la suprématie du football soviétique (avant l’avènement du Dynamo Kiev à la fin des années 60). Si, pendant la carrière de Yachine (1950-1970), le plus couronné fut le second (six titres de champion, quatre coupes de Russie), le gardien mena son équipe à cinq titres de champion (en 1954, 1955, 1957, 1959 et 1963), six deuxièmes places et trois coupes de Russie. Seul regret : le Dynamo Moscou ne prit pas part aux compétitions européennes avant la saison 1971-1972. Dans le contexte de la guerre froide, avec une URSS repliée sur elle-même, le seul moyen pour Yachine d’être reconnu hors des frontières soviétiques était alors de briller en sélection.

En 1954, à peine un an après son intronisation comme titulaire dans les buts du Dynamo, il est appelé à évoluer sous le maillot rouge. Des débuts couronnés de succès : aux Jeux Olympiques de Melbourne (Australie) en 1956, l’URSS décroche la médaille d’or. Yachine n’a concédé que deux buts en quatre rencontres. Mais cette compétition, disputée entre joueurs amateurs, n’a pas le prestige d’une Coupe du monde. La « panthère noire » est du voyage en Suède en 1958, et c’est à cette occasion que son talent se révèle à la face du monde. L’URSS atteint les quarts de finale du Mondial, où elle est battue par l’hôte suédois (2-0). Mais Yachine a impressionné, et figure dans l’équipe-type du tournoi.

Il confirme son nouveau statut deux ans plus tard, en 1960, à l’occasion de la première Coupe d’Europe des nations (ancêtre de l’Euro), disputée en France. Sous l’impulsion de son dernier rempart, porté en triomphe à l’issue de la demi-finale remportée face à la Tchécoslovaquie (3-0), L’URSS se hisse aisément en finale, où elle affronte une autre sélection du bloc de l’Est, la Yougoslavie. Yachine est une nouvelle fois impérial dans les buts, et pousse les canonniers yougoslaves, qui ont passé cinq buts aux Bleus en demi (4-5), à la prolongation (1-1). Un but de Ponedelnik à la 113e minute permet aux Soviétiques de décrocher leur premier trophée international.


Ballon d’Or 1963


Petit à petit, la légende Yachine se construit. En 1962, lors de la Coupe du monde au Chili, il tient sa place malgré deux commotions cérébrales pendant le tournoi. Il commet de manière compréhensible des erreurs inhabituelles, concédant notamment le seul corner direct jamais inscrit en Coupe du monde, face à la Colombie (4-4). L’URSS est à nouveau éliminée en quarts face à l’hôte de la compétition. L’Équipeannonce Yachine, à bientôt 33 ans, sur la pente descendante.

Mais il n’en est rien, bien au contraire. En octobre de l’année suivante, il participe à un match de gala de la FIFA, organisé à Wembley pour célébrer les cent ans d’existence du football en Angleterre. Si son équipe s’incline, Yachine n’a pas concédé de buts lors de la mi-temps qu’il a disputée, et a même impressionné par ses multiples arrêts. Une prestation qui accroît sa renommée. Quelques semaines plus tard, il est élu Ballon d’Or, devançant l’Italien Gianni Rivera et l’Anglais Jimmy Greaves. Il est le premier gardien récompensé, le seul encore à ce jour. Sa réputation est planétaire. Il est une référence, le meilleur gardien du monde.

En 1964, l’URSS est encore au rendez-vous de la Coupe d’Europe des Nations et atteint sa deuxième finale consécutive. Mais face à une Espagne à domicile, dans un duel à haute symbolique politique (franquisme contre communisme), elle s’incline à Bernabeu (2-1). Yachine est toutefois nommé meilleur gardien du tournoi. Il est également honoré de la sorte lors de la Coupe du monde 1966, en Angleterre. Les Soviétiques y échouent en demi-finale et terminent quatrièmes, la meilleure performance de leur histoire.

Mais à 36 ans, le poids des années commence à se faire sentir. En 1967, il effectue sa dernière apparition sous le maillot de l’URSS, totalisant au final 78 sélections. Il est certes du voyage pour la Coupe du monde 1970 au Mexique, mais dans un rôle de conseil. Sa carrière au Dynamo Moscou s’achève cette même année, et un jubilé est organisé en mai 1971 au Lenin Stadium de Moscou. 100 000 personnes viennent lui rendre hommage, ainsi que de nombreuses stars du foot, comme Pelé, Eusébio ou Beckenbauer.



« Club Yachine »

Au total, Lev Yachine aurait disputé 812 rencontres officielles, dont 207 sans encaisser de buts. Avec 326 matchs, il est le deuxième joueur à avoir le plus porté le maillot du Dynamo en championnat, derrière Aleksandr Novikov (327). S’il est difficile de vérifier la véracité de certaines statistiques, une est particulièrement éloquente : Yachine aurait arrêté près de 150 penalties dans sa carrière. Il y prenait un plaisir tout particulier : « La joie de voir Yuri Gagarin voler dans l’espace est seulement dépassée par la joie d’un bon arrêt de penalty », dit-il ainsi un jour.

Les crampons raccrochés, il occupe diverses fonctions administratives au Dynamo, conseillant également les gardiens du club. Il est en outre membre du comité des sports de l’Union soviétique. Le 20 mars 1990, il décède des suites de complications après l’amputation d’une jambe, la faute à un problème au genou contracté quatre ans plus tôt.

On l’a entraperçu, les honneurs sportifs ont été nombreux. Outre son Ballon d’Or 1963, Lev Yachine a été cité à trois autres reprises dans les cinq premiers (1956, 1960, 1961), figuré six fois dans le top 10, et terminé neuf fois meilleur gardien. En son hommage, une statue de bronze a été édifiée au Dynamo Stadium. En 1994, la FIFA crée le prix Lev Yachine du meilleur gardien en Coupe du monde. En 1999, Yachine est élu « sportif russe du siècle ». Il est également nommé dans l’équipe-type du XXe siècle par la FIFA. En Russie, les gardiens totalisant au moins cent matchs sans encaisser de but font partie du « club Yachine ».

Mais son talent ne pouvait pas se cantonner à la sphère sportive. Les dirigeants soviétiques ont rapidement compris l’intérêt qu’ils avaient à mettre Yachine en avant. En 1967, il fut ainsi honoroé de l’Ordre de Lénine (la plus haute récompense en URSS), pour services exceptionnels rendus à l’État. À sa mort, en 1990, on lui attribua le titre de Héros du travail socialiste. Là où Eduard Streltsov, autre grand talent du football soviétique de l’époque (lire à son sujet l’excellente saga en deux parties des Cahiers du foot, ici et là), était vu comme un rebelle et un élément nocif au régime, le discret et humble Yachine faisait exception dans l’habituelle promotion des vertus collectives. Avoir évolué pendant vingt ans au Dynamo, club du ministère de l’intérieur, à qui il a tant apporté, a certainement aidé. Une telle fidélité interpelle : Yachine était-il partisan du régime soviétique ? Difficile à dire. Discret, il n’a donné que de rares interviews. Il n’était en tout cas, comme les autres grands joueurs en URSS, pas libre de ses mouvements. Le régime décidait des transferts des meilleurs, d’autant plus au Dynamo, dont la devise, « Le pouvoir en mouvement », parle d’elle-même. L’« araignée noire » était bien trop précieuse pour être envoyée ailleurs.

Haine d’encaisser un but
Gardien hors normes, Lev Yachine a donné à son poste une autre dimension. Sa haine viscérale d’encaisser un but était son moteur. « Quel genre de gardien est celui qui n’est pas tourmenté par le but qu’il a concédé ? Il doit être tourmenté ! Et s’il est calme, cela signifie la fin. Peu importe ce qu’il a fait dans le passé, il n’a pas de futur. » Encore aujourd’hui, il est vu comme le meilleur gardien de l’histoire, même par ceux qui ne l’ont jamais vu jouer. Sa réputation le précède, préservée de l’action du temps et de l’érosion des mémoires. Nombreux sont et ont été les grands joueurs. Mais peu ont réellement influencé l’évolution du jeu. Lev Yachine est de ceux-là.



Lev Ivanovich Yachine (1929-1990)

URSS (1954-1967)
78 sélections
Champion olympique 1956
Champion d’Europe 1960
Vice-champion d’Europe 1964

Club
1950-1970
Dynamo Moscou (326 matchs)
Champion de Russie 1954, 1955, 1957, 1959 et 1963
Vainqueur de la Coupe de Russie en 1953, 1967 et 1970

Autres
Ballon d’Or 1963
Gardien de but européen de l’année 1956, 1957, 1959, 1960, 1961, 1963, 1964, 1965 et 1966
Élu « meilleur gardien de but du siècle » au niveau mondial, européen et russe par l’IFFHS
Élu « sportif russe du siècle » en 1999 par un jury de journalistes sportifs
Décoré de l’Ordre de Lénine en 1967
Fait Héros du travail soviétique en 1990